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L’influence des pairs dans la gestion des finances personnelles


J’ai eu le malheur d’expérimenter la pression des pairs très récemment. Je vis généralement ma vie selon mes propres termes et à chaque fois que quelqu’un essaie de me demander pourquoi je ne fais pas X ou Y comme tout le monde, je hausse les épaules et je ne prends même pas la peine de répondre.

Depuis que j’ai commencé à travailler à temps plein il y a un peu plus d’un an et de façon encore plus insistante depuis que j’ai obtenu ma résidence permanente depuis deux mois, il y a ce couple d’amis qui ne manque jamais une occasion de me demander quand je ferai venir mes parents au Canada. Au début, je haussais les épaules comme à mon habitude et puis je leur disais « ils viendront le jour où tu paieras le billet d’avion. »

Il y a quelques jours, j’étais encore chez eux et la même question est revenue : « mais, tu vas même faire venir ta mère quand ? Depuis que tu travailles là, tu ne la fais pas venir pour qu’elle vienne aussi voir la neige » et bla-bla-bla. Comme d’habitude j’ai dit « le jour où tu paies le billet d’avion » et là ça a pris une tournure que je n’ai pas vraiment anticipé.

On m’a fait remarqué que je mange tout l’argent que j’ai toute seule, que je ne veux pas faire plaisir à mes parents, qu’ils viennent aussi au Canada et rentrent se vanter auprès de leurs amis qu’ils étaient au Canada, et j’en passe.

Dire que j’étais abasourdie serait un euphémisme.

J’ai donc dit au monsieur qui insistait le plus sur la question, parlons avec des chiffres et voyons ce qu’un voyage au Canada pourrait me couter pour un de mes parents. Il a fait une estimation de 2500 $ juste pour les procédures et le voyage en question (ce qui soit dit en passant est complètement irréaliste). À la question de savoir de quoi le parent en question vivrait une fois au Canada, il a estimé que le coût d’une bouche supplémentaire à nourrir était négligeable.

Je lui ai dit que si j’avais 2500 $ à dépenser frivolement, je ne paierais pas pour une visite d’un ou de mes deux parents au Canada parce que, premièrement, ils n’ont rien à venir faire ici. Le jour où il y aura une raison valable autre que celle de pouvoir se vanter qu’ils étaient au Canada, je reconsidèrerai. Ensuite, je préfèrerais leur donner les 2500 $ en question pour résoudre de vrais problèmes plutôt qu’un voyage inutile. Enfin, je ne pourrai jamais compromettre mes objectifs d’épargne pour des dépenses inutiles. Comme je l’ai déjà évoqué ici en parlant de Black tax, donner à quelqu’un ce qu’on ne peut pas se permettre c’est du vol. On se vol à soi-même pour donner aux autres et c’est comme ça que beaucoup d’entre nous se plaignent du Black tax parce qu’ils s’engagent dans des dépenses inconsidérées juste parce que c’est ce que les gens font pour leurs parents ou leur famille. La culture africaine.

Pas moi

Nous ne devons rien à nos parents

Je ne sais pas si c’est une façon de pensée camerounaise ou si c’est partout en Afrique, mais beaucoup d’entre nous pensent qu’on doit quelque chose à nos parents. On entend souvent, tu es ce que tu es aujourd’hui grâce à tes parents (curieusement ceci ne s’applique que quand on a plus ou moins réussi dans sa vie, autrement, on c’est parce qu’on n’a pas écouté ses parents) et donc tu dois tout faire pour les remercier de t’avoir fait venir au monde, hébergé, payé tes études et parfois même trouver un emploi.

Spoiler alert : il n’en est rien. On ne doit rien à nos parents. On n’a jamais demandé à naitre et parce qu’ils nous ont fait venir sur cette terre sans notre consentement (lol) c’est leur responsabilité de faire de nous les adultes qu’ils veulent. Pas des adultes utiles à la société, mais vraiment les adultes qu’ils veulent. Chaque parent va donc mettre en place le cadre qu’il estime idéal pour former le type d’adulte qu’il veut que son enfant soit demain. Si cet adulte est adulé plus tard par la société, le parent aura du mérite d’avoir été visionnaire, mais cela ne signifie pas pour autant que l’enfant doit quelque chose à ses parents.

Je me souviens que ces mêmes amis m’avaient demandé une fois combien je donnerais à mes parents si jamais je gagnais 10 millions à la loterie et étaient surpris que je réponde rien du tout. Ils m’ont alors rappelé la souffrance qu’ont endurée mes parents pour me faire grandir. Oui ils ont souffert, mais c’était leur choix de souffrir en faisant venir au monde cinq enfants. Je n’ai pas à payer pour ces choix.

Le fait que je parle ainsi choque. Les gens pensent que je n’aime pas mes parents, que tout ce qui m’importe c’est d’accumuler de l’argent. Mais comme je le disais ici, n’ayant pas d’enfant, tous les efforts que je fais pour bien gérer mon argent sont d’abord pour m’assurer un futur confortable, mais aussi et surtout pour m’assurer que mes ascendants, vivent confortablement leurs vieux jours.

Cela ne signifie pas pour autant que je vais me plier à toutes sortes de dépenses capricieuses et futiles. Ça ne me dérange pas d’aider, mais ça reste mon argent et je décide d’où il va et quel problème il résout. Une fois de plus c’est cette idée qu’on doit quelque chose à nos parents ou à nos familles qui nous maintiennent dans la précarité financière. On veut satisfaire les besoins des autres avant les siens et on veut donner aux autres plus que ce qu’on peut se permettre soi-même.

Pas moi

L’échelle des besoins de Maslow

Tu te demandes certainement, si je fais ça pour mes ascendants pourquoi j’estime que leur faire visiter le Canada est une dépense frivole ? Simplement à cause d’un monsieur nommé Abraham Maslow. Vois-tu, ce monsieur a bien fait de nous enseigner il y a longtemps que tous nos besoins ne sont pas égaux et que certains doivent être satisfaits avant de penser à satisfaire d’autres.

Mes parents ont en ce moment des besoins physiologiques et de sécurité, il ne me sert donc à rien d’aller satisfaire des besoins d’estime et d’accomplissement tant que les besoins plus importants ne sont pas satisfaits. Et je m’en fous si eux-mêmes pensent qu’ils ont des besoins de réalisation, ce n’est pas mon argent qui paiera pour ça.

Au cas où j’aurais donc 2500 $ à dépenser comme mon ami estimait, j’aime mieux résoudre des besoins essentiels comme leur santé, améliorer leur cadre de vie, leur moyen de déplacement, et bien d’autres plutôt que de brûler cet argent pour une visite au Canada. On entend beaucoup parler de dépenser pour les expériences plutôt que du matériel, mais ça, c’est une fois de plus une préoccupation de pays développés où les besoins primaires ont depuis longtemps été satisfaits.

On peut certes dépenser pour des expériences, mais pas des expériences dont le coût résoudrait beaucoup de besoins primaires.

Évaluer sa situation personnelle et ses valeurs

Comme je l’ai fait remarquer à mon ami, il est marié avec un revenu familial de 200 mille ou plus alors il peut se permettre de faire venir ses parents et beaux-parents chaque année si cela le chante, mais il n’en est rien pour moi.

Une des choses qu’on oublie souvent de faire quand les amis nous demandent pourquoi on ne fait pas ci ou ça, c’est de regarder sa situation personnelle. On voit juste ce qu’ils font aujourd’hui et on ne prend pas le temps d’évaluer si nos parcours sont les mêmes. Et quand bien même les parcours sont les mêmes, est-ce que les valeurs sont aussi les mêmes ? Ce qui est important pour toi ne l’est pas nécessairement pour moi. C’est important pour toi que ta mère rentre se vanter au pays qu’elle était chez son fils au Canada. C’est important pour moi que mes parents aient un moyen de déplacement fiable.

Avoir un plan et de connaitre ses chiffres

Une des raisons pour lesquelles les manipulations des pairs fonctionnent est que certaines personnes n’ont pas de plan pour leur argent et ne connaissent pas leurs chiffres. Alors quand on leur dit « telle chose ne coute pas aussi cher que tu le penses, c’est juste X $ », elles ne sont pas capables de dire « oui ce n’est pas cher, mais ça ne rentre pas dans mes plans en ce moment » ou encore « pour toi ce n’est pas cher, mais vu ma situation actuelle, ça revient cher pour moi ».

Un plan et ses chiffres sont des arguments inébranlables pour des situations pareilles. Mes amis pensaient que la réponse vague que je donnais souvent était une échappatoire. Quand ils ont compris que je sais de quoi je parle et qu’on ne peut pas m’entrainer dans n’importe quoi, ils ont tourné ça en « mais c’était juste une blague on ne connait pas vraiment tes finances ».

C’est ici que les adeptes du cancel culture vont prôner de ne plus fréquenter ces personnes qui exercent des pressions et poussent aux mauvais choix financiers.

Je pense honnêtement que leur démarche n’est pas mesquine. Beaucoup d’entre nous, immigrants d’origine africaine, pensent à l’argent comme un symbole de statut social. On veut montrer à nos familles, nos amis et connaissances restés au pays qu’on a réussi ici à l’étranger alors on fait comme on peut. On fait venir les parents régulièrement, on s’achète des voitures neuves, on s’achète des maisons au-dessus de nos moyens, etc.

On fait de subtiles publications sur les réseaux sociaux qui à première vue ont pour objet de parler du poids qu’on a perdu, des saines habitudes alimentaires ou sportives qu’on a adoptées alors qu’on peut voir en second plan, la maison, la voiture et que sais-je d’autre qu’on voulait réellement montrer à notre réseau.

Mes amis sont dans ce schéma classique de réussite qui implique voiture, maison, biens matériels et autres signes ostentatoires de richesses. Ils pensent donc bien faire, mais ne savent pas que mes critères de réussite sont différents.

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