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Augmenter sa marge de manœuvre: payer ses dettes

L’une des choses les plus déconcertantes lorsqu’on immigre au Canada est la facilité avec laquelle on a accès au crédit.

En tant que nouvel arrivant, les institutions financières observent notre comportement pendant quelques mois. Dès qu’on remplit certaines conditions telles qu’un emploi permanent (temps plein ou temps partiel) et le paiement régulier et sans retard des factures utilitaires, on est admissible à une foule d’outils de financement: carte de crédit, marge de crédit, prêts en tout genre (personnel, auto, hypothèque). 

Même les magasins proposent des formules pour financer l’achat de meubles et d’électroménagers en payant des montants minimes chaque mois.

La majorité des immigrants au Canada se classent sous la catégorie de l’immigration économique. Ce qui signifie que la majorité d’entre nous vient au Canada pour s’offrir un meilleur avenir économique. Ce qui se traduit pour certains par la possession de biens matériels tels que des maisons, des voitures, de l’électroménager dernier cri, des vêtements de marques, etc.

La facilité d’accès au crédit aide beaucoup d’entre nous à atteindre artificiellement ce bien être économique que nous venons chercher ici. On s’achète à crédit tous les signes extérieurs de richesse qui satisfont notre égo. 

Comme les mensualités de certains de ces emprunts sont souvent aussi basses que 20$ sur 24, 48, 72 ou 84 mois, on ne réfléchit pas plus que ça avant de signer. On ne réfléchit notamment pas aux intérêts qu’on paie en étirant les paiements sur plusieurs mois.

À titre d’exemple, un prêt personnel de 2000$ à 15% d’intérêt, remboursé sur un an revient à 180,52$ par mois pour un total de 166,20$ d’intérêts. Le même prêt, payé sur deux ans génère des intérêts de 327,36$ (calculateur de prêt en ligne de Jean Fortin). Plus les paiements sont étalés sur une longue période, plus les intérêts payés augmentent. On peut parfois se retrouver à payer 50% du montant initial du prêt en intérêts seulement lorsqu’on étire trop la durée de remboursement.

Comment les dettes grugent notre marge de manœuvre?

Quand on nous propose le remboursement d’un prêt en mensualités inférieures à 100$, nous mettons en perspective ce 100$ par rapport à notre revenu et on se dit que ce n’est pas si important que ça. On relativise même en se disant que 100$ c’est le montant qu’on consacre au divertissement, donc on peut facilement couper dans ça. Sauf que, nous menons la même réflexion sur tous les prêts que nous contractons et ne tenons pas compte de l’argent dont nous avons besoin pour vivre. 

Supposons que Jean gagne 1000$ nets aux deux semaines et il a des paiements alignés sur ses jours de paie comme suit:

– Voiture: 200$

– Électroménagers: 75$

– Mobilier et décoration de maison: 75$

– Prêt personnel: 50$

– Carte de crédit: 50

On peut voir que Jean dépense près de la moitié de son revenu (450$) à faire des paiements sur des dettes. D’autres dépenses comme le loyer, les factures utilitaires, l’épicerie et l’épargne ne sont pas prises en compte. Considérant qu’une bonne portion de ses revenus va déjà au paiement de dettes, Jean a très peu de marge de manœuvre pour payer ses dépenses courantes. Son recours ici est de s’endetter encore plus.

De plus, si sa voiture tombait en panne, ou qu’il avait un problème de santé ou encore s’il devait se rendre dans son pays de toute urgence, il s’endetterait davantage. 

En quoi payer des dettes est différent d’épargner?

Certaines personnes estiment que payer des dettes c’est comme épargner pour un produit ou service qu’on a déjà acquis. Ils se disent, plutôt que d’économiser 100$ par mois pour payer les électroménagers, on est mieux de les prendre à crédit et de rembourser sur 2 ou 3 ans puisque c’est le même temps qu’il aurait fallu pour accumuler les sommes nécessaires pour payer comptant.

Ce raisonnement ne tient pas la route parce que comme on l’a vu plus haut, les taux d’intérêt liés à ces emprunts sont exorbitants plus on étale les paiements sur de longues périodes.

Ne surtout pas se fier aux prétendus 0% d’intérêt qu’affichent certaines enseignes. Les intérêts sont déjà compris dans le prix de vente affiché. Si le prix affiché de l’article est de 1649,99$ ou 48 versements égaux de 34,37$, sachez que les intérêts sont compris dans ce prix.

Vous seriez surpris “des rabais du gérant” qu’on peut vous accorder si vous souhaitez payer vos articles en espèces sonnantes et trébuchantes. Comme vous payer comptant, le marchand peut vous retirer le taux d’intérêt qu’il appliquerait à quelqu’un qui paie à crédit. 

Ensuite, payer les dettes ne revient pas à épargner par ce qu’ici l’intérêt composé joue contre vous plutôt que pour vous. Comme l’aurait dit Warren Buffet, l’intérêt composé est un facteur important d’enrichissement (ou d’appauvrissement quand on ne sait pas l’utiliser en sa faveur). Lorsque vous payez des dettes, les intérêts se cumulent sur les sommes dues, augmentant ainsi la somme totale due. 

Si vous aviez économisé, l’intérêt composé se serait cumulé dans votre compte, vous permettant ainsi de cotisé moins. Par exemple, si vous cotisez 100$ par mois pendant 2 ans, avec un rendement annuel de 2%, vous obtenez 2446,57$ dont 46,57% d’intérêts. Certains estimeront que ce montant est négligeable mais c’est 46$ en moins que vous aurez besoin de cotiser pour atteindre votre objectif. À mon avis, ça vaut la peine.

Enfin, acheter des choses à crédit pour les rembourser n’est pas nécessairement une bonne idée parce que c’est comme obtenir la récompense avant de fournir l’effort. Le cerveau fonctionne au plaisir. Lorsqu’on a eu la dose de plaisir qu’apporte un nouvel achat, le cerveau n’a plus la niaque nécessaire pour travailler et rembourser la dette associée à la nouvelle acquisition. Au contraire, puisque ce besoin là est déjà satisfait, il va s’en créer de nouveaux. 

À retenir sur le crédit

Pour finir, il est bon de garder à l’esprit quelques faits essentiels pour garder la tête froide face au crédit:

– Le crédit disponible n’est pas mon argent disponible. On tombe tellement souvent dans ce piège surtout avec les cartes et marges de crédit. On les utilise en oubliant que ce n’est pas notre argent et qu’on devra rembourser.

– Je ne suis pas obligé(e) d’utiliser tout mon crédit disponible même si je peux le rembourser. Généralement, on recommande de ne pas utiliser plus de 35% de tout nos outils de financements. Ceci montre aux bureaux de crédits qu’on a un comportement responsable face au crédit. 

– Payer avec ma carte de crédit ce que je suis certain(e) de pouvoir rembourser intégralement dans le délai imparti. Une carte de crédit devrait être comme une carte de débit, je paie pour des choses dont je sais que j’ai ou que j’aurai à très court terme l’argent.

– Si je ne paie pas la totalité du solde de ma carte de crédit à la date d’échéance, les intérêts sont calculés sur le solde total figurant sur le dernier relevé. Exemple: Si je dois 1500$ sur ma carte de crédit que je dois payer avant le 31 décembre, si au 31 décembre, j’ai payé 1499$, les intérêts seront calculés sur les 1500$ et non sur le 1$ que je n’ai pas payé avant l’échéance. 

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